Saga Viking

A lui seul le titre raconte déjà toute une saga … nordique bien entendu. On ne peut s’empêcher de penser immédiatement Vikings, et avec raison, malgré les craintes que cela soulève. Car si l’on se souvient de l’excellent Viking d’Eurogames édité en 1990, un vrai wargame pur et dur, on ne peut s’empêcher de penser aussi au mièvre Walhalla (2006), à l’ennuyeux Fjorde (2005), à l’inclassable Invasions (2006) ou au très bon, mais très pesant, A la Gloire d’Odin (2016). Malgré le titre alléchant, il y avait de quoi craindre le pire. A tort, je le dis sans ambages.

Le format de la boîte est assez inhabituel, carré certes, mais plus petit que ce dont on a l’habitude. Le matériel, je le qualifierai d’efficace, ni spécialement beau, ni particulièrement moche. Rien ne laisse vraiment présager un jeu de Vikings. Sauf peut-être quelques cartes et les drakkars dessinés sur le plateau de jeu. Un plateau au demeurant assez sobre, séparé en deux parties bien distinctes. A la lecture des règles on se rend compte rapidement qu’il s’agit d’un jeu de placement d’ouvriers, enfin de Vikings en l’occurrence. La première impression est un peu mitigée.

Oui, encore un jeu de placement d’ouvriers. Un de plus dans un marché qui en regorge. Quel intérêt ? C’est aussi la première question qui m’est venue à l’esprit. J’ai donc suivi l’explication des règles avec une certaine lassitude, surtout qu’il n’y a rien de compliqué. Tu poses un pion et tu effectues l’action liée au lieu de pose. Neuf actions possibles, tu en choisis une et hop, le tour est joué. Alors pourquoi s’étendre de pareille manière ? C’est que justement, si tout est simple dans le barbaresque monde nordique, ça n’en reste pas moins tordu.

Déçu en bien

Tordu et surprenant. Il ne faut pas perdre de vue que durant toute la partie, chaque joueur ne dispose à son tour que d’un seul et unique ouvrier. Donc tout le challenge est de rendre le jeu intéressant avec ce seul paramètre. Le truc de l’auteur est de dédoubler l’action. En effet, le joueur doit d’abord poser son ouvrier sur une case vide et effectuer l’action de la case, puis il doit prendre un ouvrier sur une autre case et effectue l’action de cette case.

Dit ainsi, ça paraît tout à fait anodin et anecdotique. C’est aussi la raison pour laquelle je ne me suis pas rendu compte de la subtilité tout de suite. Mais à l’usage, j’ai bien compris tout ce qu’il y a de tordu dans cette manière de procéder. Car si on peut pratiquement être certain d’effectuer une des deux actions imaginée, rien ne dit que l’on pourra les faire les deux. On se retrouve souvent face à une option non réellement voulue. Surtout que l’auteur a encore ajouté un autre paramètre : la race du Viking à poser. Il y a les noirs, les gris et les blancs (c’est un peu un truc politique de Chermignon) et selon la couleur du Viking, l’action change un peu, voire il faut impérativement une couleur pour effectuer une action.

Facile …

Au final, c’est simple et subtil. Grosso modo, les actions permettent de prendre de l’argent, de la nourriture, de recruter des hommes d’équipage, de prendre de nouveaux villageois, de gagner de la force, de faire des offrandes aux dieux ou alors de piller ports, avant-postes, monastères ou forteresses pour glaner des points de victoire et du butin. Lequel peut être transformé en offrande aux dieux, ou utilisé pour armer son drakkar, ce sont des points de victoire au terme de la partie. Et le butin est parfois synonyme d’héroïsme, certains Vikings sont appelé à festoyer avec Odin au Walhalla. Alors oui, c’est un membre d’équipage qui disparaît, mais le bénéfice se chiffre là encore en points de victoire.

Tout est dit, ou presque. Car si j’ai bien accroché à ce jeu, je ne saurai passer sous silence un aspect moins convaincant, celui de la lassitude. Après quelques parties, on a l’impression de tourner un peu en rond autour des mêmes tactiques, le jeu peine à se renouveler de ce point de vue. Mais l’auteur et l’éditeur n’ont pas perdu le nord (oui, elle était facile celle-ci). Ils proposent deux extensions : Champs de gloire et la Taverne des Héros qui ajoutent la possibilité de jouer à cinq, de nouveaux villageois, de nouvelles villes à piller. Sans compter que la saga se poursuit avec Explorateurs de la Mer du Nord et son extension Ecueils de la perdition, et Shipwrights of the North Sea et son extension Townsfolk non encore traduits en français.

Pillards de la Mer du Nord, de Shem Phillips, édité en français par PixieGames, 2 à 4 joueurs (il existe une variante solo), compter 60 minutes la partie à 4, et 20 minutes de lecture des règles.

Author Orgulas
Published
Categories Tests
Views 411
0

Recent Posts

Paladins du Royaume de l’Ouest

Barrage

Architectes du Royaume de l’Ouest